Un essais de contribution à l'édification islamique...
Ahmed al-Ghazali et l’exégèse spirituelle de la Shahada
« Jamais la langue d’aucune personne ne s’est brûlée en prononçant le mot « feu »,
.. que fais-tu de l’écorce en l’absence de la perle ?
Dernière et ultime religion monothéiste, l’islam met particulièrement l’accent sur l’unicité et confirme que les messages des Révélations divines antérieures faisaient de même. En d’autres termes, tous les prophètes antérieurs – Sur notre Prophète et sur eux la Grâce et la paix -, sans exception, n’ont fait qu’exhorter les hommes à rechercher et à reconnaître le tawhid (L’affirmation de l’unicité de Dieu). Ceci est attesté clairement dans le Coran et dans la Tradition prophétique. Dieu – qu’Il soit exalté- a dit : « Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans que Nous lui révélions qu’il n’y a d’autre dieu que Moi, adorez-moi donc. » (Coran, 21/25) De même, le Prophète de l’Islam – Sur lui la Grâce et la Paix- a dit : « La parole la plus excellente dite par moi et les autres prophètes avant moi est : La Ilaha Illa Allah. »
Pour Ahmed al-Ghazali, comme pour les savants musulman en général, la Shahada est le moyen par excellence pour réaliser le tawhid. Elle résume le cycle complet de la quête spirituelle qui débute par la négation absolue et aboutit à l’affirmation absolue. Dans son petit traité centré sur la formule du tahlil, la parole par excellence du tawhid, qui se présente sous forme d’un commentaire spirituel d’un hadîth Quodsi où Dieu parle à la première personne par la bouche de Son prophète – que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix : « La Ilaha Illa Allah est Ma citadelle (Hisni). Celui qui pénètre dans Ma citadelle est prémuni (ou protégé) contre Mon châtiment. » Ce petit traité intitulé al-tajrid fi kalimati al-tawhid (Le dépouillement de l’attestation dans réalisation du tawhid) est à la fois un commentaire spirituel sur le tawhid et un petit manuel où l’auteur présente et résume sa profession de foi.
Il ne se contente pas d’opposer la voie droite suivie par Adam à la voie de perdition et d’égarement prônée par Satan. Il lance un avertissement grave à tout croyant qui serait tenté d’imiter le Diable : « Prends garde de rejoindre Iblis, car tu te rattacheras à celui qui n’est pas ton père, tu rompras la filiation adamique, tu adopteras une filiation satanique et tu appelleras ton âme à s’y associer. »
On peut dire, d’ailleurs, que son commentaire sur la parole : La Ilaha Illa Allah n’est au fond qu’une invitation pressante à sortir de la négation de la divinité dans laquelle s’est enfermé Satan à cause de son orgueil aveugle, pour pouvoir s’engager sur le sentier de l’affirmation de l’Etre Divin. Mais pour sortir de cette négation, l’auteur insiste particulièrement sur la nécessité de dépasser la simple affirmation par la langue, en cherchant à l’affirmer également par le cœur. Il écrit à ce propos :
« Jamais la langue d’aucune personne ne s’est brûlée en prononçant le mot « feu », ni personne ne s’est enrichie en prononçant le mot « mille dinars ». Les mots sont l’écorce et la signification, la substance ; les mots sont les coquilles et le sens en est la perle, que fais-tu de l’écorce en l’absence de la perle ? Ce mot La Ilaha Illa Allah couplé à sa signification s’apparente à l’esprit par rapport au corps. Ainsi, de même que le corps n’est pas utile sans l’esprit, de même cette formule n’est pas utile sans sa signification. » Aussi, pour réaliser le tawhid et intérioriser pleinement sa formule par excellence, Ahmed Al-Ghazali ne ménage pas son lecteur et préfère l’avertir pour éviter tout amalgame à ce niveau car il y va de son salut dans l’Autre monde : « Prends garde de croire avec ta langue sans ton cœur, car cette formule t’interpellera dans l’arène du Jour de la Résurrection en ces termes : « je lui ai tenu compagnie tant d’années sans qu’il ne reconnaisse mes droits, ni ne respecte mon inviolabilité. Cette formule témoignera soit pour toi, soit contre toi. » Comme cette formule est la meilleure protection pour le fidèle, elle s’apparente à la Citadelle inviolable qui protège efficacement ceux qui s’abritent en son sein.
L’auteur faisant un parallèle entre les quatre piliers sur lesquels repose toute citadelle digne de ce nom et les mots qui composent la formule de La Ilaha Illa Allah et souligne : « Par ailleurs, de même que cette formule comporte quatre piliers quant à la formule, de même elle possède quatre piliers quant au sens spirituel qui sont la prière, l’aumône légale, le jeûne et le pèlerinage. Cette formule étant la cinquième conformément au hadîth célèbre : (L’islam est fondé sur cinq piliers…) »
L’auteur a souvent recourt à l’approche symbolique qui est une méthode d’exégèse typiquement spirituelle : symbole du corps comme cité, du cœur comme chef de cette cité et des membres et organes comme ses sujets : « Sache que cette citadelle est fortifiée au sein de la cité de ton humanité et de l’autorité de ton cœur. Tout ce qui se trouve dans cette cité comme l’ouie, la vue, les mains et les pieds sont ses sujets et ses serviteurs. » Symbolisme des lettres arabes qui composent le Nom Allah, symbolisme du soleil du tawhid et des chauves-souris qui sont aveuglées par la lumière ; symbolisme du cœur et du corps à travers l’exégèse du « verset de la lumière » ; symbolisme de l’arbre du tawhid : comme arbre du bonheur : « Si tu le plantes dans le terrain de l’assentiment, l’irrigues de l’eau de la sincérité et l’entretiens par les bonnes œuvres, ses racines se consolideront, son tronc se raffermira, ses feuilles verdiront, ses fruits mûriront et se multiplieront. » etc.
Pour Ahmed al-Ghazali, la Shahada est la formule par excellence du tawhid. Se présentant comme un cycle complet qui débute par la négation absolue et aboutit à l’affirmation absolue, la parole de La Ilaha Illa Allah devient, quand elle est partiellement réalisée, le meilleur moyen pour se débarrasser de toutes les qualités de contingence et de déficience et pour affirmer ses qualités de perfection et de transcendance. C’est dire que la Shahada renferme en quelque sorte synthétiquement tout le secret des multiples significations du tawhid. Par sa simplicité et sa clarté, elle éblouit le mental et illumine le cœur. Du reste, les lettres qui la composent se ramènent en fin de compte à trois : Alif, Lam et ha qui forment les lettres du Nom suprême : Allah. C’est dire qu’elle doit ramener celui qui s’y attache à Son But Suprème : Allah
A quelques différences près dans la formulation, il y a une certaine parenté d’idées entre les quatre degrés du tawhid de l’Ihya d’Abu hamid al-Ghazali et les étapes que distingue son frère Ahmed. Notamment lorsqu’il écrit dans son tajrid :
« Si tu dis La Ilaha Illa Allah et que cette parole demeure sur ta langue sans aucun effet dans ton cœur, tu es un hypocrite. Si elle demeure dans ton cœur, tu es un croyant, si elle touche ton esprit tu es un amoureux, et si elle touche ton secret, tu es un homme du dévoilement. »
Il existe une différence très nette à propos de l’exégèse du verset de la lumière chez les deux frères Ghazali. Dans sa Mishkat al-Anwar (le Tabernacle des lumières) Abu Hamid propose une exégèse qui emprunte l’essentiel de ses termes à un vocabulaire nettement philosophique. Roger Deladrière qui a traduit la Mishkat note avec raison dans son introduction :
« Les réalités symboliques mentionnées dans ce célèbre verset seront mises en correspondance avec les cinq facultés humaines de la nature lumineuse : la faculté sensible, la faculté imaginative, la faculté intellectuelle, la faculté cogitative et la faculté sainte prophétique. Car pour Ghazali, le « Monde visible est le point d’appui pour s’élever au monde du Royaume céleste et le parcours de la voie droite consiste en cette ascension… S’il n’y avait pas de correspondance et de liaison entre les deux, la montée de l’un à l’autre serait inconcevable. »
Dans son Tajrid, Ahmed al-Ghazali adapte une exégèse plus spirituelle où le cœur est la pièce maîtresse qui reçoit et transmet la lumière Divine aux autres organes : « Il s’agit plutôt d’une lumière qui se réfléchit sur les cœurs et les esprits. Il s’agit en fait de la lumière de la guidance… Ainsi, la niche s’apparente à ton humanité ; la lampe s’apparente à la lumière de ton tawhid et le verre s’apparente à ton cœur. La niche est comparée à l’humanité de l’homme en raison de son opacité, car c’est un lieu ténébreux et noir. Or, plus la lampe se trouve dans un lieu sombre et noir, plus elle brille et sa luminosité s’intensifie. La lumière du tawhid est comparée à celle de la lampe pour indiquer qu’elle éclaire ses alentours et l’endroit où elle se trouve. Le cœur est comparé au verre en raison de sa transparence. En effet, le verre est transparent et il réfracte les rayons lumineux sur les corps et qui l’entourent et se trouvent face à lui. De même, le cœur est transparent. Il filtre les rayons de la lumière du tawhid pour inonder les autres organes de perceptions… »
«La ilaha illa-Llâh » est la citadelle de Dieu
Le Seigneur de la Gloire – qu’Il soit glorifié et exalté - a dit : « La Parole : Il n’y a de Dieu que Dieu est Ma citadelle. Celui qui la répète entre dans Ma citadelle. Et celui qui entre dans Ma citadelle se rassure contre Mon châtiment. »
Mon oncle et mon maître Abul Makarim Mansour Al BataATA‘ihiIHI al-AlAnsariNSARI Al Wasiti nous a rapporté d’après une chaîne de plusieurs transmetteurs qui remonte jusqu’à l’imam Al al-Hussein et son père Ali Ibn Abi Talib, le prince des croyants, que notre Prophète Muhammad - que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix - a dit : « Gabriel - que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix - m’a rapporté que Le Seigneur de la Gloire – qu’Il soit glorifié et exalté - a dit : « La Parole : Il n’y a de Dieu que Dieu est Ma citadelle. Celui qui la répète entre dans Ma citadelle. Et celui qui entre dans Ma citadelle se rassure contre Mon châtiment. »
Ce hadîth QudusiUDUSI qui nous est parvenu grâce à une chaîne de transmission qui remonte au Prophète - que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix - comporte en matière de rehaussement de la valeur de la parole du Tawhid (affirmation de l’Unicité divine) de quoi accroître la foi du serviteur, le remplir de connaissance spirituelle et l’obliger à pratiquer constamment le Dhikrdhikr en répétant cette Pparole qui est l’essence et l’esprit du Tawhid. Car celui qui la répète en ayant Foi dans son transmetteur - que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix - se met à l’abri du mal.
Comme cette Parole conduit le serviteur à ressentir son indigence devant Dieu - qu’Il soit exalté - et son effacement devant la Puissance de Sa singularité, elle devient par la grâce de Dieu, une citadelle pour le serviteur.
Oui mon fils ! Sache que la richesse et la pauvreté sont deux qualités : une qualité pour Dieu et une qualité pour le serviteur. En effet, la pauvreté spirituelle est une qualité louable du serviteur au même titre que la richesse est une qualité de Dieu.
Du reste, la pauvreté est en réalité l’attribut du serviteur auquel ne se mêle aucune richesse et la richesse est en réalité l’Attribut du Seigneur auquel ne se mêle aucune pauvreté.
De même, le plus noble attribut du serviteur, c’est son indigence totale vers Dieu - qu’Il soit exalté - et le plus noble attribut du Seigneur , c’est qu’Iil se passe du serviteur en tout.
Dieu - qu’Il soit exalté - a dit : « Dieu est Celui qui se suffit à Lui-même et vous êtes pauvres. » (Coran : XLVII-38)
Il a dit également : « Ô vous, les hommes ! Vous êtes des pauvres devant Dieu. Dieu est Celui qui se suffit à Lui-même, Il est Digne de louanges. » (Coran : XXXV-15)
Sache que l’indigence envers Dieu est partagée entre l’âme, l’esprit, le cœur et le secret intime. Ainsi l’indigence de l’âme envers Dieu - qu’Il soit exalté - se conçoit par le biais du rapprochement et du contentement. L’indigence du secret intime se conçoit par le biais de la contemplation et de la rencontre. Ainsi, chaque fois que le serviteur voit son âme angoissée et perplexe devant la porte de Son pacte et de Sa fidélité, il revient avec l’indigence devant la porte de Son pardon. Chaque fois qu’il voit que son esprit est angoissé et perplexe devant la porte de Sa bienveillance et de Son amour, il revient avec l’indigence devant la porte de Sa providence.
Il faut dire que la réalité de l’indigence, c’est de se contenter de Celui qui suffit à tout et de remettre l’âme malade entre les mains de Celui qui guérit.
Sa réalité consiste également à attendre la cause de l’Agent de toutes les causes en voyant la cause et à s’occuper de l’Agent de toutes les causes en oubliant la cause. Sa réalité consiste aussi à redoubler en permanence d’amabilité et d’excuse avec une langue pleine de véracité en matière d’indigence dans une totale soumission.
Sa réalité consiste également à épurer les secrets intimes de la vision des œuvres et à renoncer à compter sur la beauté de l’état spirituel.
Sa réalité consiste aussi pour le serviteur à ne pas se détourner de Ddieu à cause de Sa création et de Ses possessions.
On a demandé à Abu Abdullah Ibn MuqatilUQATIL : « Quand le serviteur devient-il un riche nécessiteux tout en demeurant louable dans sa richesse et son besoin ? » Il a répondu : l »C’est lorsque par sa richesse suren Dieu, il se passe de Ses créatures en n’ayant besoin que de son Seigneur. »
Le maître Abu Bakr Al al-Wasiti a dit : « Le serviteur ne connaît pas Dieu comme il convient de Le connaître tant qu’il ne connaît pas parfaitement l’indigence totale. » On lui a demandé : « Qque signifie l’indigence totale ? » Il a répondu : « C’est qu’il sache qu’il n’a été guidé vers son Seigneur que par Lui et qu’il n’est sauvé de Son courroux que par Lui. »
On a dit aussi : « L’indigence, c’est la bannière des Saints. »
On a dit également : « L’indigence, c’est de remettre l’âme entre les mains du Seigneur tel un nourrisson entre les mains de sa mère. »
Oui mon fils ! Sache que tous les êtres créés sont indigents, nécessiteux envers Dieu - qu’Il soit exalté -, captifs de Son bon vouloir et faibles devant Sa science et Sa puissance : ils ne possèdent pour eux-mêmes et pour autrui ni profit, ni nuisance, ni gloire, ni puissance, ni vie, ni mort. Placés entre les flèches de la faveur et l’aisance, ils sont exposés à la privation et à la damnation. Comme leurs fins ultimes leur sont cachées, ils n’ont que la cainte et l’espoire, l’indegence et le dou’a et l’imploration et les larmes. Il est vraiment indigent celui qui a ces attributs ? Y a-t-il plus parfaite indigence que cet état ?
Sache aussi que l’indigence est le plus illustre degré des amoureux, la plus élevée des demeure des pénitents, le plus noble état spirituel des aspirants, le plus grand moyen des contrits, la plus grande station spirituelle des repentis et le plus élevé des moyens des rapprochés.
Aussi, celui qui désire entrer dans le groupe de ceux qui sont indigents se doit de ne pas se soucier des intérêts de son âme et de sa famille, d’user de flatterie entre les mains de Dieu - qu’Il soit exalté - et de désespérer totalement de tout ce qui est autre que Dieu tout en se sentant indigent envers Lui. En somme, il est semblable à un homme se trouvant au fond d’un puits dont l’entrée est bouchée et les traces sont effacées ; il n’a aucun compagnon dans le puits et aucune créature ne passe près de son entrée. Un tel homme peut-il placer son espérance et se sentir indigent envers quelqu’un d’autre en dehors de son Seigneur ?
A ce propos, on rapporte qu’un saint qui était aveugle tomba au fond d’un puits en plein désert. Comme une caravane passait près du puits, il cria au secours du fond du puits. Il entendit alors une voix qui lui dit : « Oses-tu demander secours à autrui alors que Je suis Celui qui vient au secours de ceux qui demandent secours ? » L’homme garda alors le silence. Les gens de la caravane bouchèrent l’entrée du puits voulant ainsi effacer sa trace pour éviter que personne n’y tombe Cet homme désespéra alors de lui-même et des créatures. Il adressa cette imploration à son Seigneur : « Mon Dieu ! Maintenant il ne me reste que Toi et j’ai besoin de Toi ! » Dieu préposa un lion qui vint ouvrir l’entrée du puits et y descendit. L’homme s’accrocha alors à la queue du lion qui le fait ainsi sortir du fond du puits et il entendit cette voix au-dessus de lui : « Ne coupe pas ton cœur de Celui qui te sauve d’un danger par un autre danger ! »
Sache que Dieu - qu’Il soit exalté - a placé sous Sa parole : « C’est Toi que nous adorons », la perfection de la fidélité à la véracité de la servitude. Et comme Il savait la parfaite faiblesse du serviteur et son impuissance., Il lui a donné une autre parole et Il a uni pour lui le bien des deux Demeures, à savoir Sa parole : « C’est de Toi que nous implorons l’assistance. »
On rapporte qu’un arabe bédouin qui participait au rassemblement des pèlerins au mont ArafatRAFAT a fait cette imploration : « Mon Dieu ! C’est pour Toi que je suis parti (de chez moi) et c’est Toi qui m’as fait partir ! C’est pour Toi que je me mets debout dans le rassemblement et c’est Toi qui m’as mis debout dans ce rassemblement ! J’ai désobéi à Ton ordre et Toi Tu m’as abandonné. Malgré cela, je n’ai aucune excuse et aucun argument à faire valoir. Car Tu es la Bonté même et il n’y a aucun homme qui soit plus indigent envers Toi comme moi, ôÔ mon Maître ! Ô mon Seigneur ! »
Sache également que Dieu - qu’Il soit exalté - a imposé aux serviteurs la charge d’être véridiques dans l’indigence pour qu’ils n’outrepassent pas la borne de la servitude vers celle de la Seigneurie et n’aillent pas des vouloirs intelligibles vers les vouloirs capricieux, de la pureté spirituelle vers les troubles psychiques et des ambitions élevées vers les basses ambitions.
Dieu - qu’Il soit exalté - a dit à Son illustre Prophète - que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix - : « Cette affaire ne te concerne pas » (Coran III-128)
Dieu - qu’Il soit exalté - a dit également : « L’affaire tout entière appartient à Dieu. » (Coran : III-154)
Il a dit aussi : « Le commandement appartient entièrement à Dieu. » (Coran : XIII-31)
Il a dit encore : « La création et l’ordre ne Llui appartiennent-ils pas ? » (Coran : VII-54)
Combien est belle la piété du serviteur grâce à l’indigence ;? Combien est belle la demande d’assistance à Celui qui accorde l’assistance ; ? Combien est beau le moyen de parvenir au chemin de la guidance et de rejoindre la troupe des saints, à savoir l’indigence.
Le Monothéisme pur (al-Ikhlâs) Commentaire Sourate 112
(4 versets, révélés à La Mecque)
Tafsirs Ibn Abbas Al Jalalayn Al Sabunî
Préparé par Tahar Gaïd
Introduction
Cette sourate est mecquoise. Elle traite du fondement de la 'aqîda islamique, et, partant, des Attributs de Dieu l'Unique. "L'unicité (wahdaniyya) absolue de Dieu, dit Hamza Boubakaur, est le fondement même de l'Islam, unicité proclamée, défendue et imposée par Muhammad à son milieu dans la souffrance et l'espérance.
"Cette sourate appelée aussi Unicité est la base même de la théologie musulmane (tawhîd), le résumé de sa doctrine, l'expression de sa foi en un Dieu Absolu, Unique, Omniscient, Omnipotent, Sage, Libre. A elle seule, elle résume tout le Coran.
"La profession de foi islamique ne dit rien d'autre, dans sa première partie : "Pas de divinité autre que Dieu !"Cette unicité exclut la Trinité chrétienne, le polythéisme, l'idolâtrie, le panthéisme, la métempsycose, toute pratique et toute doctrine contraires au monothéisme le plus intransigeant, le plus pur, le plus sincère qu'est l'Islam. Etre musulman, c'est être profondément convaincu de l'unicité de Dieu et l'affirmer en toute circonstance…
"La sourate, en affirmant l'unicité de Dieu, exprime, dans les versets suivants, Sa transcendance par rapport à Sa création. Rien de commun entre Lui et ce qui n'est pas Lui, sauf le rapport du créé au Créateur. Il crée et n'enfante pas, Lui-même n'a pas été enfanté. Il est Eternel, Vivant, Immuable, Subsistant et faisant subsister…"
Etude et commentaires
1 - Dis : Il est Allah, Unique. - 2 - Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. - 3 - Il n'a jamais engendré, n'a pas été engendré non plus. - 4 - Et nul n'est égal à Lui.
Sous le titre La sourate de la pureté, Ibn 'Ata' Allah écrit : "Sous le mode de l'invocation, chaque mot contenu dans cette sourate possède une qualité propre, une valeur allusive, une signification profonde, des profits étonnants, des secrets, sagesses, sciences et connaissances majestueux et exceptionnels.
Chaque élément de cette sourate peut se commenter ainsi :
"DIS : indique le Commandement divin.
LUI : est une affirmation de Son être.
ALLAH : est le nom de la fonction divine.
EST UN : c'est l'affirmation de la Singularité de l'Unité.
ALLAH : c'est la mention du nom "isolé" en vue du Tawhîd.
EST L'INDEPENDANT : (Samad) : c'est une allusion à la transcendance de l'Essence par rapport à l'âme humaine.
IL N'ENGENDRE PAS: signifie la transcendance parfaite par rapport à un autre que Lui.
ET IL N'A PAS ENGENDRE : c'est l'affirmation du sans commencement et de la Primordialité. C'est la négation de tout ce qui pourrait Le précéder, de toute actualisation contingente et du néant.
IL N'A PAS D'EQUIVALENT : indique l'absence de contraire, semblable, pareil, équivalent ou rival.
"On a nommé le nom Allah "isolé" à cause de sa double mention (dans cette sourate) isolé ou séparé par le Ahad (Un). Le Vrai a privilégié ce deuxième nom ALLAH, L'a isolé et en a répété la mention afin qu'on s'en souvienne, il est celui de la Fonction divine; il apparaît avec les Réalités essentielles qu'Elle implique, Il est mentionné dans le monde existentiel et Se fait connaître (de cette manière).
Allah a dit : Dis Allah, puis laisse-les à leurs jeux et discussions. (S.6, 91). Lui Allah est dans les Cieux et sur la Terre. (S.6, 3). Ce qui signifie qu'Il est adoré, invoqué, louangé, remercié. Toutes les créatures sont contraintes sous Son Ordre et Son Interdiction. Il connaît les regards perfides et ce que les poitrines recèlent. (S.40, 19). Rien ne Lui est caché en toute affaire.
Dans le premier chapitre du Livre Traité sur le nom d'Allah, intitulé Fondements de la doctrine de l'Unité divine, Ibn 'Atâ Allah écrit : "Allah - Exalté soit-Il - a dit :
Allah est, nul dieu autre que Lui, le Vivant, le Subsistant par Soi. (S.2, 255). Allah est, nul dieu autre que Lui. Certainement Il vous rassemblera au Jour de la Résurrection au sujet duquel il n'y a pas de doute. Et qui a un propos plus véridique qu'Allah ? (S.4, 87). Allah est nul dieu autre que Lui, le Seigneur du Trône incommensurable. (S.27, 26). En vérité votre dieu est Allah. Celui qui est, nul dieu autre que Lui. Il embrasse toute chose en science. (S20, 98). Et Lui est Allah dans les cieux et sur la terre. Il connaît votre secret et votre extériorisation et Il sait ce que vous acquérez.(S.6, 3). En vérité, Moi Je suis Allah. Nul dieu autre que Moi. Adorez-Moi donc. (S.20, 14)
"Prête attention - et qu'Allah t'assiste - à ces versets et à d'autres semblables et vois comment Allah les inaugure par la mention du Nom Allah, comment Il nie tout autre que Lui et comment Il s'affirme Soi-même. S'Il manifeste un de Ses noms, celui-ci désigne une qualité (Sifa) ou un attribut extrinsèque (na't) du nom Allah.
"S'il rend manifeste Son nom par le pronom Lui, celui-ci s'y réfère, procède de Lui et aboutit à Lui. Sa mention n'est complète que par la mise en évidence de la lettre finale Hâ de Son Nom.
"Allah a dit : Lui est Allah dans les Cieux et sur la Terre.(S.6, 3). Lui est Celui qui est dans le Ciel Dieu (ilâh) et sur la Terre. (S.43, 64). Dans ces deux versets, Allah vise la connaissance de Sa fonction divine, l'adoration et l'invocation qui Lui sont dues. Son Acte pur, Son Statut et Son Commandement.
"Allah - qu'il soit Exalté - a dit : Sache que Lui est : Lâ ilâha illâ-Llâh. (S.47, 19)"
Il n'y a de divinité que Dieu : Lâ ilâha illâ-Llâh
Râzî, dans son livre Traité sur les noms divins, s'étend sur le mérite de cette première partie de la shahâda (témoignage de la foi) et donne quelques-unes de ses significations.
"On rapporte ce qui suit dans un récit traditionnel : "Quand le serviteur dit lâ ilâha illâ-Llâh", Allah accorde des récompenses égales en nombre à celui des infidèles des deux sexes. C'est que, au moment où cette parole est attestée, elle se retourne contre tous les infidèles. Or, sans doute possible, cette rétribution accordée de droit a un rapport avec le nombre des infidèles.
As-Sadâ dit dans son commentaire sur les lettres isolées qui inaugurent la sourate XLII, al-Shûra, la Délibération :
"Les lettres H.M. 'A.S.Q. signifient respectivement :
"H (Hâ') : Sa Longanimité (hilm). Sa Décision sage (hukm), Sa preuve (hujja).
"M (Mîm) : Son Royaume (mulk), Sa gloire (majd).
"'A ('Ayn) : Sa Magnificence ('azama), Sa sublimité ('uluw), Sa Puissance inaccessible ('izza), Sa Science ('ilm) et Sa Justice ('adl).
"S (Sîn) : Son Elévation (samâ), Son Secret (sirr).
"Q (Qâf) : Sa Contrainte réductrice (qahr), Sa Puissance déterminante (qudra).
"(C'est comme) si Allah disait par la signification de ces lettres : Par Ma Longanimité, Ma Sagesse, Ma Preuve, Ma Gloire, Mon Royaume, Ma Magnificence, Ma Justice, Ma Science, Ma Puissance inaccessible, Ma Sublimité, Mon Secret, Mon Elévation, Ma Puissance déterminante et Ma Contrainte réductrice, Je ne ferai pas éprouver le châtiment du Feu à qui a dit : Lâ ilâha illâ-Llâh".
"Ibn 'Abbâs a dit : Lâ ilâha illâ-Llâh (signifie) : Nul être avantageux, ni nuisible, nul qui ne confère la puissance irrésistible, ni avilit, nul qui ne donne, ni ne refuse, autre qu'Allah.
"Nul dieu dont on espère la faveur, dont on craint la justice, dont on a confiance dans le patronage, dont on se nourrit de la subsistance, dont on abandonne l'affaire, dont le pardon est sollicité, dont l'interdiction ne soit circonstanciée et dont la grâce ne soit refusée autre qu'Allah, le Seigneur des Fidèles, Celui qui ne cesse de pardonner les péchés des pécheurs, le Refuge des repentants, le Voile des êtres fautifs, le terme de l'espoir de ceux qui espèrent et la limite du but visé par les Connaissants."
"La parole lâ ilâha illâ-Llâh que prononce le serviteur est une allusion à la connaissance, au tawhîd dont la langue fait la louange, à la direction adéquate vers le Souverain Très-louangé. Quand le serviteur dit lâ ilâha illâ-Llâh, il veut dire : Nul Dieu à qui appartiennent les faveurs, les bienfaits, la puissance déterminante, la permanence, la magnificence, l'élévation, la puissance inaccessible, l'éloge, l'irritation autre qu'Allah, le Seigneur des Mondes, le Créateur des Anciens et des Derniers. Celui-qui-ne-cesse-de-rétribuer (dayyân) au jour de la rétribution (dîn).
La mise en garde contre l'abandon du dhikr
Dieu a mis en garde Ses serviteurs contre le fait de renoncer au dhikr. Cette mise en garde s'inscrit dans Son Livre et par la voie de Son Envoyé. La même mise en garde a été faite par les connaissants en Dieu, les éducateurs et les guides spirituels à leurs disciples.
Dans le Livre de Dieu
- " Quiconque s'aveugle (et s'écarte) du RAPPEL du Tout Miséricordieux, Nous lui désignons un diable qui devient son compagnon inséparable. Ils (les diables) détournent certes (les hommes) du droit chemin, tandis que ceux-ci s'estiment être bien guidés. " (Coran, 43/36-37)
- " Invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et avec crainte, à mi-voix, le matin et le soir, et ne sois pas du nombre des insouciants. " (Coran, 7/205)
- " A peine s'ils (les hypocrites) invoquent Allâh. " (Coran,.4/142)
Dans la Sunna de l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -
Selon Abû Hurayra, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : " Ceux qui participent à une assemblée sans y mentionner Dieu, se lèveront en dégageant une puanteur semblable à celle du cadavre d'un âne. Au Jour de la résurrection, cela constituera pour eux une source de vifs regrets. "
Encore selon Abû Hurayra, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : " Celui qui prend un siège et s'assoit sans mentionner Dieu, Dieu l'affligera d'angoisses et de remords.
Celui qui s'alite sans mentionner Dieu, Dieu l'affligera d'angoisses et de remords.
Celui qui circule sans mentionner Dieu, Dieu l'affligera d'angoisses et de remords. "
Et Toujours d'après Abû Hurayra, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : " Quand des gens sont dans une assemblée et ne mentionnent pas Dieu et ne prient pas sur leur Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -, l'angoisse et les remords les saisiront. Si Dieu veut, Il les châtie et s'Il veut, Il leur pardonne. "
Selon Mu'âdh Ibn Jabal, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : " Les hôtes du Paradis ne regretteront que l'heure qui est passée sans qu'ils aient mentionné Dieu. "
Les dires des Savants
Sahl a dit : " Je ne connais pas de désobéissance aussi vile que l'abandon de mentionner Le Seigneur. "
Abû al-Hasan ash-Shâdhilî a dit : " Au nombre des caractères de l'hypocrisie figure la lourdeur de la mention de Dieu sur la langue. Repens-toi à Dieu et Il allégera le dhikr sur ta langue. " Il semble qu'il s'était inspiré de cette Parole de Dieu :
- " Les hypocrites cherchent à tromper Allâh, mais Allâh retourne leur tromperie (contre eux-mêmes). Et lorsqu'ils se lèvent pour la prière, ils se lèvent avec paresse et par ostentation envers les gens. A peine invoquent-ils Allâh. " (Coran, 4/142)
Il est dit : " A chaque chose sa punition et la sanction du Connaissant s'exprime par la cessation du dhikr. "
Que l'homme sensé, se réveille de sa torpeur et agisse activement pour réveiller son cœur au moyen du Rappel de son Seigneur (dhikr), tout en se revêtant des qualités des croyants qui invoquent Dieu d'une manière abondante, éloigné des attributs des hypocrites qui ne L'invoquent que très peu.