Un essais de contribution à l'édification islamique...
« Dis : « Lui, le premier et le dernier, l’extérieur et l’intérieur »
(Coran LVII, 3)
« Dieu était, et rien avec Lui »
(bukhârî, khalq, 1)
« O hommes, vous êtes les indigents à l’égard de Dieu [al-fuqara’ila’llâh], alors qu’Il se suffit, Lui, Le Louangé »
(Coran XXXV, 15)
Extraits de la doctrine sur l’Unicité de l’Etre
sheikh Ahmad al-‘Alawî
(qu’Allah sanctifie son secret)
Prends donc conscience, mon frère, de tes propres attributs et regarde avec l’œil du cœur le commencement de ton existence lorsqu’elle a surgi du néant, car, lorsque tu auras vraiment pris conscience de tes attributs, Il t’enrichira des Siens.
L’un de tes attributs est le pur néant qui t’appartient ainsi qu’au monde dans sa totalité. Si tu reconnais ton néant, Il t’enrichira de Son Etre.
L’extinction aussi est un de tes attributs. Tu es déjà éteint, mon frère, avant de subir l’extinction et tu n’es rien, avant même d’être annihilé. Tu es une illusion dans une illusion et un néant dans un néant. Quand as-tu eu l’existence pour que tu puisses être éteint ? [...]
La vie n’est pas un de tes attributs, car tu es mort sous l’apparence de la vie, comme un possédé qui prétend être quelqu’un qu’il n’est pas. Mais si tu étais amené devant ton Seigneur, ton corps gisant comme celui d’Adam, ton père, Il t’insufflerait de Son esprit ; alors, ayant réalité ton état de mort, tu pourrais dire sans erreur : « Je suis vivant », tandis qu’auparavant, en t’attribuant la vie et en t’accordant une existence indépendante tu étais en conflit avec ton Seigneur.
Un autre attribut du serviteur est la surdité. Tu es sourd, en ce moment, ô serviteur, et l’ouïe n’est pas dans ta nature. Dieu est Celui qui entend et c’est parce que tu attribues à toi-même cette faculté que tu es sourd. Bien que tu aies des oreilles, tu n’entends pas. Si tu pouvais entendre, tu entendrais la parole de Dieu à chaque instant et en toute circonstance, car Il n’a jamais cessé de parler. Or qu’entends-tu de cette parole et que comprends-tu de ce discours ? Tu es sourd et encore au creux du néant. Mais si tu venais à l’Etre, tu entendrais alors la parole de l’Universellement Adoré et si tu pouvais l’entendre, tu y répondrais. Pourtant, comment pourrais-tu répondre puisque le mutisme est une de tes qualités ? Comment viendrais-tu prétendre à la parole qui est un des attributs de ton Seigneur ? Si tu étais vraiment capable de parler, tu pourrais servir de maître, mais aux pieds d’un muet, nul ne vient s’asseoir. Si tu prenais conscience de ton mutisme, Il t’enrichirait de Sa parole, tu arriverais à parler avec la parole de Dieu et tu t’entretiendrais avec Lui, de telle sorte que ton ouie serait l’ouïe de Dieu et que ce que tu entendrais viendrait entièrement de Dieu.
La cécité, ô serviteur, est un autre de tes attributs. Si tu étais capable de voir, tu apercevrais Son nom, l’ « Extérieur », mais maintenant tu ne vois que des apparences. Où est ta vison de la manifestation de la vérité, quand les choses autres que Lui sont plus évidentes à ta vue ? C’est seulement que la cécité, ton attribut, t’a vaincu et tu es devenu aveugle bien que tu aies des yeux ; uniquement pour t’être attribué la vue. Mais si tu prends conscience de ta cécité et si tu cherches à t’approcher de Lui par des actions telles que Son Bon plaisir les agrée de toi, alors, Il sera ton ouïe et ta vue et quand Il sera ton ouïe et ta vue, tu n’entendras que Lui et ne verras que Lui, car tu Le verras avec Sa vue et tu l’entendras avec Son ouïe.
Considère bien ton attribut de cécité et médite sur la sagesse qui consiste à l’attribuer à toi-même : alors apparaîtront sur toi les rayons de la vison. Puis, tu entendras ce que tu n’entendais pas et tu verras ce que tu ne voyais pas, mais cela n’est possible que par la connaissance de toi-même et la méditation sur le néant qui est tien de plein droit.
(p. 154 Un saint soufi du XXe siècle, le cheikh Ahmad al-‘Alawî. Martin Lings, points sagesse Editions du seuil.)