Un essais de contribution à l'édification islamique...
Une des meilleures choses que j'ai vues écrites sur ce sujet est ce que mon maître l'Imam 'Abu Bakr ibn 'Abd'Allah al-'Adayrûs a un jour écrit pour répondre à une question que lui avait posé un juriste, sur la différence entre shari'ah et haqiqa. Sa réponse était très complète, et je vais la citer en totalité. Il a dit, que Dieu soit satisfait de lui :
Par le Nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. Toute louange soit à Dieu : Il est Celui qui se loue Lui-même et qui est seul digne de toute louange. C'est Lui qui fait jaillir chez le chercheur le désir ardent de chercher, et c'est Lui qui est l'objet de la recherche. Par Sa Volonté, Il a crée chez Son serviteur une volition, et Il affirme son existence, ce qui le rend moralement responsable d'observer Ses commandements et Ses interdictions, et susceptible d'être récompensé ou puni selon ses efforts. Il lui a dit qu'en vérité l'homme n'obtient que le fruit de ses efforts (53 ; 39). Mais, à un autre endroit, Il affirme Lui-même et le nie : Cependant, vous ne saurez vouloir, à moins que Dieu veuille (76 ; 30). La question est déconcertante, l'oeil charnel et celui du coeur y étant tous les deux aveugles, Il accorde le bonheur de Sa connaissance cachée à qui Il veut parmi Ses serviteurs, afin que leur corps adhère à la shari'ah et que leur coeur demeure dans la haqiqa. La connaissance qui se manifeste dans le corps est une connaissance extérieure, à savoir la shari'ah, alors que le connaissance qui parvient jusqu'au coeur est une connaissance intérieure, qui est la haqiqa. Il a établi l'extérieur de l'islam sur des piliers qui sont réalisés par des facultés physiques, et Il a établi la réalité de la foi (îmân) et de l'excellence (ihsân) sur la certitude de l'entendement qui résultent de la détermination du coeur. Mais comme les choses que contient le coeur sont cachés au sens physique de l'ouïe, Il a crée un interprète de ces choses, qui est le langage. C'est de cette façon que la shari'ah a été liée à la haqiqa, et la haqiqa à la shari'ah, afin qu'elles restent ainsi que l'a dit le poète :
Le verre est délicat, et de même le vin.
C'est une énigme, car ils ont la même apparence.
C'est comme si le vin était privé de coupe,
Ou la coupe privée de vin.
C'est pourquoi ceux qui, parmi les gens de la shar'iah, ont acquis ses sciences, mais se sont retenus de les mettre réellement en pratique, en sont venus à dire que tout est incroyance à part la shari'ah. En disant cela ils ont, d'un certains point de vue, dit vrai mais, d'un autre point de vue, ils se trompent. Il y a aussi ceux qui parlent de haqiqa sans l'avoir réalisée et qui déclarent qu'il n'existe rien en dehors de la haqiqa. Eux aussi, d'un certains point de vue, disent la vérité mais, d'un autre point de vue, se trompent.
Ceux qui, parmi les gens de la da'awa, ont acquis à la fois la shari'ah et la haqiqa appellent les gens aux deux, disant :
"N'avez-vous pas entendu le héraut de la providence, debout sur la voie, criant : et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers (29 : 69) ?
La lutte, c'est la shariah. C'est transformer en pratique le savoir de ses injonctions, pour que Dieu le conduise à "Ses sentiers", ce qui fait référence à la haqiqa. Si tu n'as pas eu connaissance de la haqiqa, c'est parce que tu n'as pas pratiqué la shar'iah.
Quant à toi qui te répands en paroles sur la haqiqa, tu ne recevras pas la guidance tant que tu n'observeras pas pas les injonctions et les prohibitions de la shari'ah. C'est comme si tu ignorais ce que Dieu dit à Ses serviteurs dans la fâtiha de Son Livre. Il leur enseigne d'abord comment Le louer et Le remercier et Il leur dit qu'Il mérite la louange à cause de Sa seigneurie sur les mondes. Il utilise le mot "Seigneur" en raison de l'extrême douceur et gentillesse qu'il implique. Puis Il les réconforte en leur disant qu'Il est pour eux le Rahmân (le Tout-Miséricordieux) dans cette vie et le Rahîm (Le Très-Miséricordieux) dans le monde à venir, et Ses serviteurs exultent alors d'espoir. Et pour éviter qu'ils outrepassent leurs limites, Il les soumet en proclamant qu'Il est le Maitre du Jour du jugement (1 ; 3). Car la vraie nature de la royauté est la justice, et le Jour du jugement représente le moment de la rétribution. Il leur donne donc les ailes à la fois de la crainte et de l'espoir, et Il leur montre comment les utiliser pour qu'ils prennent leur essor vers Sa présence, leur ordonnant de dire : C'est Toi que nous adorons (1 ; 4) - et c'est la shari'ah. Quand Il les a installés dans l'adoration, ils se sont imaginés qu'ils étaient porteurs d'une volition propre et ils on été envahis d'orgueil et d'ostentation, aussi souhaite-t-Il leur apprendre qu'ils ne peuvent Lui obéir que par Son aide. Alors Il leur dit : C'est Toi dont nous implorons le secours (1 ; 4), ce qui est la réalité (haqiqa). Les serviteurs de Dieu qui bénéficient de ce soutien providentiel apprennent ainsi que, bien qu'ils soient eux-mêmes possesseurs d'une volition, c'est de Dieu que vient leur capacité à respecter les injonctions et les prohibitions de la shariah, qui est la station de la rectitude. Le hadith : "Dis 'Dieu' puis sois droit !" signifie qu'on doit être persévérant dans l'obéissance à Lui , en sachant que si ce n'avait été avant tout par Son soutien providentiel et Sa Guidance continuelle il n'y aurait eu ni haqiqa ni volition. L'orgueil et l'ostentation disparaissent donc ici, puisque Ses serviteurs subsistent alors de et par Lui. Secret de la capacité divine, ceci représente alors le premier pas sur le chemin de la haqiqa vers la subsistance par Lui et vers l'extinction de soi-même. A ce moment, le serviteur de Dieu qui bénéficie du soutien providentiel de Dieu doit nécessairement retourner à Lui, n'ayant trouvé aucun recours autre que Sa satisfaction ni aucune échelle jusqu'à Lui autre que l'appel à Lui, et on en reste perplexe. Il lui est alors ordonné de dire : Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encourus Ta colère, ni des égarés (1 ; 5-7).
En bref la shari'ah consiste pour toi à suivre les commandement de Dieu, et ceci constitue la soumission (islâm) et la foi (îmân). La haqiqa, c'est qu'Il t'y établisse fermement, comme si tu Le voyais alors que Lui te voit, ce qui constitue la station de l'excellence (ihsân). Tu peux, si tu le veux, dire que la shari'ah est une science, dont le contenu est la tariqa - c'est-à-dire l'action - et dont le résultat consiste à atteindre Dieu, ce qui est la haqiqa. Le fait de L'atteindre ne tient pas au mouvement physique, ni à la distance petit ou grande. Ton effort vers Lui est au contraire le seul fait de Sa providence, et s'Il s'approche de toi, c'est par un effet de Sa Miséricorde. Certains savent cela, et d'autres l'ignorent, et sous cette connaissance réside une science vaste et un secret caché. Les gens vivent dans des rêves embrouillés (12 ; 44). "Mon Dieu, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas !".
L'Imam Habib Ahmad Mashhûr al-Haddad
"Miftah al-Jenna" :
(Traduit aux éditions al-Bouraq sous le titre "La clef du Paradis")