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Un essais de contribution à l'édification islamique...

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SOURATE 2 AL-BAQUARA (V255-274)

Sourate 2 al-Baquara (V255-274)

Étude et exégèse de la deuxième sourate

Tahar Gaïd

Le verset du Trône


255 - Dieu ! Point de divinité à part Lui, le Vivant (al-Hayy), le Subsistant par Lui-même (al-Qayyûm). Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. A Lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui peut intercéder auprès de Lui si ce n'est par Sa permission ? Il connaît leur présent et leur futur, alors qu'eux n'embrassent de Sa science que ce qu'Il veut. Son Trône s'étend aux cieux et à la terre, dont la garde ne Lui coûte aucune peine. Il est le Très-Haut, le Très Grand [bien au-dessus de Sa création et de Ses créatures.].

·                                 Dieu est le Vivant : "Les chercheurs, dit Tabari, proposent des interprétations différentes de ce passage. D'après les uns, Dieu se nomme ici "le Vivant" (al-Hayy) du fait qu'Il dispose et dé-termine les affaires des créatures. Il est Vivant non pas par "une vie" mais par le fait qu'Il ordonne toute chose. D'autres disent qu'Il est Vivant en possédant la Vie et que la vie (al-hayât) est une de Ses qualités. D'autres enfin disent que c'est l'un des Noms par lequel Il S'est nommé.".
Dieu est le Subsistant par Lui-même (al-Qayyûm) : Cela veut dire selon Mujâhid : "Celui qui s'occupe de toute chose" et selon Rabî' : "Celui qui fait venir toute chose dans l'état qui doit être le sien, qui la préserve et la soutient.".
Quant au sens à donner au mot Kursî (Trône), Ibn 'Abbâs dit qu'il s'agit de la Science de Dieu. Cette interprétation pourrait être acceptable quand on sait que le mot kurâsa, de la même racine, désigne les feuillets où se consigne une science. Les gens de science se désignent sous le nom de karâsî, pluriel de kursî.
De son côté, Zamakhsharî donne ces trois possibilités :
* Le Trône, dont la superficie couvre l'étendue des cieux et de la terre, n'est pas un siège où l'on s'assoit. Il s'agit seulement d'une image pour désigner concrètement la Grandeur et la Majesté de Dieu.
* Il indique l'infinie étendue de Sa Science.
* Il met l'accent sur l'étendue sans limites de Son Royaume.
Abû Hurayra rapporte ce dire du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - : Moïse se demanda si Dieu dormait. Pour satisfaire sa curiosité, Dieu lui envoya un ange qui le main-tint en éveil pendant trois jours. L'ange lui ordonna de garder dans chacune de ses mains deux verres qu'il lui remit. Le sommeil s'empara de Moïse. A ce moment, ses deux mains faillirent se heurter. Il se réveilla aussitôt, changea la disposition de ses mains et se rendormit. Ses deux mains se rapprochèrent de nouveau si près l'une de l'autre que les deux verres se brisèrent. Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - conclut : "Dieu fit comprendre à Moïse que si Lui venait à dormir, les cieux et la terre ne se maintiendraient pas dans leur état.".



La liberté du choix et ses conséquences

1 - Point de contrainte en religion :


256 - Nulle contrainte en matière de religion [Il n'est pas permis d'exercer des mesures de coercition pour imposer aux gens leur adhésion à l'Islam] ! [A quoi cela servirait-il puisque] la rectitude (al-rushd) se distingue [claire-ment et nettement] de l'erreur (al-ghayy) . Quiconque mécroit au Taghût [au Démon ou aux idoles] et croit en Dieu, se saisit de l'anse la plus solide que rien ne peut briser. Dieu entend [ce qui se dit] et connaît [ce qui se fait].

·                                 Ar-Rushd et al-ghayy, traduits respectivement par rectitude et erreur, désignent deux comportements vis-à-vis de la vérité. "Rushd ou rashâd, dit Pierre Godé, désigne l'attitude positive qui consiste à suivre le chemin droit dans la bonne direction de manière à ne pas risquer de s'égarer. Sous un certain rapport, on peut considérer que ce terme désigne aussi par métonymie la vérité elle-même (al-haqq).".
"Ghayy désigne l'attitude négative. C'est l'égarement qui induit en erreur et conduit à la ruine. Ce n'est donc pas l'erreur en elle-même appelée bâtil lorsqu'elle s'oppose à haqq et désigne une fausse doctrine, ou khatâ lorsqu'elle a le sens de faute, mais plutôt "l'erreur" dans le sens ancien tel que nous le donne le Littré : Action d'errer çà et là, action d'errer moralement ou intellectuellement, état d'esprit qui se trompe.".
Tâghût, employé à la fois comme singulier et pluriel, désigne le démon, le magicien ou le devin, l'idole et d'une manière générale toute divinité en dehors de Dieu.
Ainsi, le Coran fait de la liberté du choix un principe universel. La religion de Dieu, à savoir l'Islam, ne s'impose pas aux gens. Ceux-ci, faisant jouer leur raison, sont à même de définit librement leur choix et de déterminer eux-mêmes où se trouve le chemin de la droiture et la voie de l'égarement. Il n'en demeure pas moins que ceux qui ne croient pas que le Coran est la Parole de Dieu, sont en état de rébellion et, à ce titre, transgressent les normes divines dès lors qu'ils se libèrent de la foi en Dieu et se placent sur le terrain du doute ou de l'impiété.
Il en résulte que la contrainte est incompatible avec la religion pour trois raisons :
* La religion est la somme de la foi et de la volonté humaine. Or, elle ne peut pas se concilier avec ce qu'on introduit en elle par la force et le chantage.
* La vérité et l'erreur sont clairement montrées par la Grâce de Dieu. La religion ne peut pas s'ancrer dans les pensées habitées par le doute et l'incertitude.
* La protection de Dieu est continue. Elle projette toujours de mener les hommes, qui optent pour Sa religion, vers la lumière après les avoir libérés de l'obscurité de l'ignorance.


2 - Dieu : Guide suprême de la foi


257 - Dieu est le protecteur [ou le défenseur] de ceux qui ont cru. Il les fait sortir des ténèbres [de l'impiété] à la lumière [la foi]. Quant à ceux qui ne croient pas, ils ont pour maîtres les Taghût qui les font sortir de la lumière [où ils se trouvaient avant la venue de Muhammad, tels les Juifs] vers les ténèbres [dès lors qu'ils s'obstinent à ne pas reconnaître sa mission prophétique].
Voilà les hôtes du Feu où ils demeureront éternellement.

·         Le salut des croyants dépend de leur foi et de leur volonté. La liberté nécessaire à leur vie active ne peut pas être absolue. Elle est, en réalité, imparfaite si elle ne se rattache pas à la lumière que Dieu lui apporte. C'est pourquoi Dieu secourt les croyants et protège leur spiritualité. Il les libère des ténèbres de l'impiété, celle-ci étant comme un voile imperceptible mais opaque qui empêche de distinguer clairement les choses. Il les engage dans la voie spirituelle où se situe la lumière qui leur fait découvrir les normes de la Vérité ; ils sont ainsi à même de lever le voile qui recouvre l'œil du cœur et de se débarrasser des tentations conduisant à l'incrédulité, parfois, la plus totale.
Mais la liberté dont se prévalent les dénégateurs a pour mandataires les démons. Ceux-ci repoussent les hommes de la lumière de la foi vers les ténèbres où ils sont envahis par des dou-tes. "Ces doutes, dit Tabari, s'infiltrent entre l'œil du cœur et la vision de la foi dans tout son éclat et empêchent de discerner les vérités essentielles des preuves de la foi et des voies qui y mènent.".
C'est pourquoi, les dénégateurs sont les compagnons de l'Enfer.

Sourate 2 al-Baquara (V258-260)

Étude et exégèse de la deuxième sourate

Tahar Gaïd

La Toute-Puissance de Dieu

 

Les versets suivants ont pour objet de montrer la Puissance de Dieu qui donne la vie et la retire quand Il veut. C'est une démonstration que la résurrection est une réalité indubitable.


1 - Récit de Nemrod et d'Abraham


258 - N'as-tu pas vu [n'as-tu pas eu connaissance, par ton cœur, de l'histoire de] celui à qui Dieu avait donné la royauté [Il s'agit de Nemrod] ? Celui-ci argumenta contre Abraham [qui l'appela à adorer] son Seigneur et lui dit : "Mon Seigneur est Celui qui donne [crée] la vie et la mort [dans les corps des humains]", "Moi aussi, dit l'autre, je donne la vie [en graciant les condamnés à mort] et la mort [en les faisant exécuter]" . Alors Abraham [s'appuyant sur un autre argument plus percutant] dit : "Dieu fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant". Celui qui ne croyait pas [Nemrod] resta alors confondu. Dieu ne guide pas les gens injustes [car ils s'entêtent dans leur incrédulité et leur orgueil.].

·                                 Il s'agit ici, selon Qatâda, du premier roi qui régna à Babylone et sous le règne duquel fut construite la tour de Babel. Il est à noter que le Coran ne mentionne pas le nom du souverain. Il en est de même dans le verset suivant qui n'indique pas le nom de celui qui mourut pour cent ans et qui fut ressuscité. Il convient de comprendre que le lecteur ne doit pas s'attacher aux scènes en elles-mêmes mais d'y voir un enseignement universel.

2 - La preuve de la résurrection
a) L'homme mort et ressuscité après cent ans :


259 - Ou [as-tu également pris connaissance de] celui qui [monté sur son âne et tenant à la main quelques provisions] passait par une cité [Jérusalem] déserte et dévastée. Il dit : "Comment Dieu va-t-Il redonner la vie [à cette cité] une fois morte ?". Dieu le fit mourir et le garda ainsi pendant cent ans. Puis Il le ressuscita [pour satisfaire à sa question] en disant : "Combien de temps as-tu demeuré ainsi ?". "Je suis resté un jour, dit l'autre ou une partie d'une journée" . "Que non ! dit Dieu, tu es resté cent ans [dans cet état]. Regarde ta nourriture [c'était des figues sèches] et ta boisson [c'était le jus d'un fruit] ; elles ne se sont pas altérées [en dépit de la longueur du temps et des intempéries]. Regarde ton âne [Il était mort ; il ne restait de lui que des ossements éparpillés ici et là]. Nous ferons de toi un signe [attestant la résurrection] pour les gens. Regarde [à présent] les ossements [de ton âne] comment Nous les assemblerons [et Nous leur donnerons une vie animée] puis les revêtirons de chair". [C'est alors que l'âne reprit sa forme initiale]. Devant [cette preuve visuelle et évidente], [l'homme] dit alors : "Je sais que Dieu est Capable en toute chose.".

·                                 La personne concernée par ce verset pourrait être Esdras, Elie ou Jérémie. D'après Wahb Ibn Manbah, lorsque Jérusalem fut détruite, Nabuchodonosor conduisit les fils d'Israël en captivité vers Babylone. Jérémie, monté sur un âne et n'ayant avec lui que quelques provisions, passa devant la ville en ruine. Face à un tel désastre, il s'exclama : "Comment Dieu pourrait-Il la faire revivre après sa mort ?"
La morale, qui se dégage de ce verset est :
* C'est d'abord que le temps n'est rien devant Dieu.
* Ensuite, Dieu opère la résurrection selon les circonstances et les choses sur lesquelles Il opère.
* C'est dire, enfin, que le pouvoir humain, est dérisoire comparé à l'Omnipotence divine. Aussi, le salut de l'homme réside-t-il dans la foi de son Créateur.


2 - Abraham et la résurrection des volatiles :


260 - [Rappelle-toi], quand Abraham dit : "Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts". [Dieu] dit : "Ne crois-tu pas encore ? [en Ma toute-puissance de ressusciter les morts ?]". "Si ! [J'y crois] dit Abraham. Mais [je ne T'ai posé la question] que pour apaiser mon cœur". [Dieu lui dit alors] : "Prends, quatre [sorte de] volatiles, découpe-les, [mélange leurs chairs, leur os et leurs plumes] puis, [au sommet de] chaque mont [de la terre où tu te trouves], mets-en une partie. Ensuite, appelle-les [à venir vers toi]. Ils viendront à toi rapidement. Sache que Dieu est Puissant [Il n'y rien d'impossible pour Lui] et Sage [dans ce qu'Il fait].

·                                 Abraham, contrairement à ce que supposent certains, n'était pas gagné par un doute négatif au sujet de la résurrection des corps. Il en a été informé et il y croyait dur comme fer. Ce-pendant, selon des commentateurs du Coran, le père des croyants vit une bête déchiquetée par des fauves et des rapaces. Il se demanda par quel procédé Dieu pourrait-Il revivifier cette bête à présent que sa chair se trouvait éparpillé dans différents estomacs. Il voulait recevoir une vision directe de ce retour à la fin afin d'accroître sa certitude.
Selon d'autres commentateurs, cette demande de revivifier les corps vient à la suite de la controverse d'Abraham avec Nemrod. Lorsque celui-ci fit mettre à mort un de ses sujets et qu'il laissa l'autre en liberté, le père des croyants s'adressa à Dieu et lui demanda de faire une démonstration quant à Sa manière d'opérer.
Tabari, qui expose d'autres opinions à ce sujet ; énonce son propre avis : "Le commentaire le plus pertinent de ce verset est de considérer qu'Abraham demanda à son Seigneur de lui faire voir comment Il revivifie les morts, à la suite d'une suggestion que Satan fit brusquement subvenir dans son cœur. En effet, lorsqu'il vit l'animal dépecé par les fauves et les rapaces, Satan projeta un doute dans son cœur au sujet de la Capacité de Dieu à pouvoir réunir les parcelles des êtres morts pour les ressusciter. Abraham demanda donc à son Seigneur de rasséréner son cœur en lui accordant la certitude à ce sujet de sorte que Satan n'ait plus par la suite aucune possibilité de projeter de pareilles suggestions en son cœur s'il voyait quelque chose de semblable.".

 

Sourate 2 al-Baquara (V261-274)

Étude et exégèse de la deuxième sourate

Tahar Gaïd

L'aumône

Les dépenses concernées par ces versets sont appelées sadaqât. Il ne s'agit pas seulement des aumônes volontaires et de la zakât. Leur portée est beaucoup plus grande. Elles portent sur tout ce qui est bon et utile et s'effectuent pour plaire à Dieu, donc en toute sincérité et sans calcul. D'ailleurs, la notion de sincérité s'inscrit dans le sens même du terme sadaqa. C'est ce qu'indiquent ces mots de la même racine : sidq [sincérité], siddîq [sincère et véridique, sadâqa [amitié], tasdîq [accepter comme vrai].

1 - Double rétribution aux hommes charitables : Parabole du grain qui donne sept épis.

261 - Ceux [à l'instar des gens pieux et sincères] qui dépensent de leurs biens dans le sentier de Dieu [obéissant donc à Ses prescriptions] s'identifient à un grain d'où poussent sept épis, et chaque épi renferme cent grains [Il en est ainsi de leurs aumônes : la récompense de chacune d'elles est multipliée par sept]. Dieu multiplie [Sa grâce] à qui Il veut. Il est Immense [dans la distribution de Ses faveurs] et connaît [ceux qui les méritent.].

·                                 Ibn Kathîr signale que cette parabole a pour objet de montrer que la rétribution de Dieu se multiplie quand le croyant emploie une partie de ses biens, si minime soit-elle, à Son service, encore faut-il que cet usage se fasse pour Le satisfaire.
"A celui qui demanderait, dit Tabari, s'il existe des épis qui produisent cent grains en sorte que cela puisse être pris en exemple, nous répondrons qu'il est permis de considérer que le sens est le suivant : un grain produit un épi qui produit plusieurs grains qui, à leur tour, lorsqu'ils seront semés, produiront des épis avec de multiples grains et ainsi de suite en sorte que l'on puisse considérer qu'un seul épi produit en réalité une centaine de grains.".

2 - Ni étalage des dons aux quémandeurs, ni vexation à ceux qui les reçoivent :

262 - Ceux qui dépensent de leurs biens dans le sentier de Dieu et ne font pas suivre ce qu'ils dépensent en rappelant [autour d'eux] les dons ( manna) [qu'ils font], [ou en les faisant suivre d'un acte] malséant [tels que tenir des propos vexants à l'égard de celui qui les reçoit], auront la récompense [de leurs dépenses] auprès de leur Seigneur. Ils ne ressentiront ni crainte [quant aux biens laissés en ce monde], ni ne seront affligés [dans la vie dernière].

·                                 Al-mann : Le Coran emploie souvent ce terme pour signaler ceux qui offrent un cadeau ou rendent service dans le but de tirer vanité, de rappeler chaque fois leur générosité et leur sacrifice ou de recevoir quelque chose en contrepartie.
Ce soutien matériel n'a aucune signification si le but de l'auteur consiste à afficher sa richesse en public, à rappeler aux gens ses bienfaits ou pour obtenir des éloges de la part de son entourage. Il n'a également aucun sens s'il s'accompagne de propos désobligeants à l'égard de celui qui la reçoit, comme de lui dire, par exemple : "Sans moi, tu n'aurais pas été en mesure de participer au combat" ou "Sans moi, tu vivrais dans l'indigence la plus totale.".

3 - Une parole agréable vaut mieux qu'une charité dégradante :

263 - Une parole agréable [adressée au quémandeur] et un pardon [maghfira] [une discrétion], valent mieux qu'une aumône [en y mettant de la mauvaise foi] suivie d'une humiliation. Dieu se suffit à Lui-même [étant suffisamment Riche, Il n'a donc nullement besoin de ces aumônes mêlées de vanité et de vexation]. Il est, [de par Sa sagesse], Indulgent [aussi retarde-t-Il la sanction réservée aux ostentateurs et aux causeurs de torts et de tout acte désagréable, en ce sens qu'Il attend toujours que leurs auteurs se rétractent et s'amendent].

·                                 Lorsque le croyant n'a pas, sur le moment, les moyens de contenter le pauvre, il serait plus opportun de le renvoyer discrètement et le plus gentiment possible, tant il est vrai qu'une seule parole de bonté est plus méritoire que l'acte de donner avec ostentation, vexation, colère, mépris et rebuffade.

4 - De la bonne et de la mauvaise aumône :
a) Parabole du rocher atteint par une averse.

264 - Ô les croyants ! Ne rende pas vaines [la récompense de] vos aumônes en les rappelant ou en les accompagnant d'une vexation, comme [est vaine l'aumône de] celui [l'hypocrite] qui dépense de son bien au vu et au su des gens, sans croire en Dieu et au Jour dernier. [Ce comportement est celui de l'impie] : Il ressemble à un rocher [lisse] recouvert de terre qui, lorsqu'une forte averse l'atteint, elle le met à nu [c'est-à-dire que la terre disparaît et il revient à son état normal]. [Ces hommes, en raison de leur duplicité,] n'obtiendront rien de leurs acquis [de leurs actes, à savoir qu'ils ne bénéficieront d'aucune récompense]. Dieu ne guide pas les gens mécréants [comme ceux qui viennent d'être décrits].

b) Parabole du jardin arrosée par une averse ou par la rosée :

265 - Ceux qui, [contrairement aux hypocrites], dépensent de leurs biens par désir [recherchant] la satisfaction de Dieu et pour conforter leurs âmes, ressemblent à un jardin sur une colline : l'averse l'atteint et il double ses fruits ; à défaut d'averse, c'est la rosée [ou une pluie fine] qui l'atteint [et cela suffit à le fructifier]. Dieu observe parfaitement ce que vous faites [en guise d'aumônes et récompense même celui qui donne peu de chose, car "En vérité, a dit le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - , Dieu ne regarde pas vos formes mais scrute vos cœurs."]

·                                 "Le sens de ce passage, dit Tabari, est le suivant : et pour qui ces dépenses constituent une réalisation de la vérité (tahqîq) de la part de leur âme. En d'autres termes, Dieu veut dire ceci : En agissant ainsi, c'est-à-dire en faisant des dépenses comme il a été dit pour obéir à Dieu, l'âme a la certitude au sujet de la promesse que Dieu lui a faite et elle reconnaît et affirme la vérité de cette promesse ; cette certitude de l'âme affermit les êtres pour faire les dépenses en vue de satisfaire Dieu, rend effective leur résolution et purifie leurs conceptions.".

c) Parabole du verger dévasté par le feu :

266 - L'un d'entre vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes sous lequel coulent les ruisseaux, [et qui lui procurerait des fruits variés] ? [Il est assuré par l'abondance de cette richesse], mais [qu'adviendrait-il de lui] quand la vieillesse s'abattra sur lui [et à cause de sa faiblesse due au poids des ans, il ne pourra plus le fructifier d'autant plus] qu'il n'aura qu'une faible progéniture [des enfants en bas âge ou de conditions physiques déficientes], et qu'un vent violent contenant du feu brûlera [son jardin] ? [Il restera lui et ses enfants sans ressources]. Ainsi Dieu vous explique Ses signes afin que vous méditiez ?

·                                 Cette image illustre les aumônes des hypocrites. Ce qu'ils dépensent en ce monde ne sera point récompenser dans la vie dernières car ses œuvres ici-bas seront vaines.
Combien même les œuvres extérieures apparaissent d'une grande beauté, elles sont en fait laides à cause des mauvaises intentions qui les soutiennent. C'est pourquoi, la situation de ce vieillard, sans enfants en âge de travailler, est celle de l'homme qui dépense, quelles que soient ses largesses, par ostentation. Le Jour où il rencontrera Dieu, il constatera, pour son malheur, que le Juge suprême a effacé ses œuvres et a annulé la récompense, comme le feu qui détruit le verger. Son espoir sera ainsi complètement anéanti comme le fut le jardin. Il ne tirera pas profit de ses actes, comme les arbres fruitiers de ce jardin ne donneront pas de fruits.

5 - Aumône légale : donner le bon.

267 - Ô vous qui croyez ! dépense [purifiez vos biens en donnant] les meilleures choses que vous aurez acquis [en biens] et ce que Nous vous aurons fait sortir de la terre [c'est-à-dire de vos récoltes]. Ne recherche pas ce qui est vil pour le distribuer [sous forme de zakât] alors que vous-mêmes vous ne l'accepteriez qu'en fermant les yeux [Comment, dans ces conditions, figuriez-vous avoir prélevé, sur vos biens, le Droit de Dieu ?] Sache que Dieu est Riche [et, se suffisant à Lui-même, Il n'a que faire de tels dépenses]. Il est digne de louange.

·                                 L'Islam désapprouve l'acte de donner si le don est empreint de mauvais sentiments ou s'il est entaché de péchés. Il en résulte que les dons concernant la zakât ont leurs exigences :
* Ils portent sur les bonnes choses, désirables pour soi-même : les choses déjà utilisées et qui ont perdu de leur valeur, le superflu qui n'est pas enviable…ne sont pas acceptés à titre de la zakât ou aumône purificatrice.
* Ils doivent être acquis honnêtement et honorablement par le donner. Les biens acquis au moyen de la fraude, de la corruption, de détournement des biens de l'État, du jeu de hasard et de la vente des produits illicites sont exclus de la zakât.

268 - Satan [suscite en vous la peur] en vous faisant prévoir [ya'idu-kûm] la pauvreté [si vous vous montrez généreux dans vos aumônes]. Il vous ordonne des actions honteuses [l'avarice et le refus de la zakât], tandis que Dieu vous promet, [pour vos péchés], Son pardon et Sa faveur [en vous accordant une subsistance meilleure que celle que vous donnez]. [La Grâce] de Dieu est immense et sait [ce que vous dépensez en aumônes.].

·                                 Ya'idu-kum : du verbe wa'ada qui peut signifier aussi bien promettre que menacer. Le Coran emploie souvent ces deux expressions de la même racine dérivant du verbe cité : al-wa'd (promesse) et al-wa'îd (menace).
Dieu et Satan conduisent les hommes dans des voies opposées pour des motifs différents. Ici, le contraste est marqué par l'aumône. Ainsi, lorsque nous nous engageons à faire le bien, nous sommes assaillis par le doute et la crainte d'un éventuel appauvrissement. Satan supporte cette tendance humaine comme il accroît les appétits des gens et les encourage à faire des dépenses extravagantes pour mieux infiltrer dans les esprits l'assujettissement à une possible misère. A l'autre extrémité, Dieu attire Ses serviteurs vers toutes sortes de bonté, en éliminant les soupçons qui effleurent la pensée au sujet de la ruine matérielle car Sa terre est abondante de richesses pour celui qui sait jouir modérément et est à même de distinguer entre les fausses apparences du bonheur et le réel mieux-être. Il en résulte que Satan promet deux choses : l'avarice et l'infamie. Mais Dieu promet deux autres choses opposées : le pardon des péchés et l'octroie d'une plus grande subsistance.

6 - Le mérite de la sagesse :

269 - Il donne la sagesse [la science qui enseigne la réalisation des bonnes œuvres] à qui Il veut. Celui à qui la sagesse [al-hikma] est donnée, a déjà obtenu un bien [un bonheur] immense [éternel]. Mais seuls les doués de raison s'en souviennent.

·                                 Dieu donne la sagesse, c'est-à-dire le Coran où se renferment la science et la compréhension, selon l'explication de Mujâhid. Il s'agit, au moyen de la sagesse, d'atteindre le Vrai d'une question après avoir pris parfaitement connaissance de ses données. La notion de hikma englobe la prophétie du fait que la compréhension et le jugement des envoyés de Dieu les conduisent à exprimer des paroles vraies et à accomplir des actes justes.
Ce sont les hommes intelligents qui sont capables de réfléchir correctement aux exhortations de Dieu au sujet des dépenses en aumônes et des autres normes prescrites. Ce sont eux qui se souviennent de Dieu et se prémunissent de Ses menaces qui interviendront après que ce monde d'illusions s'éteindra et que le monde de la Vérité se manifestera.

7 - Aumônes publiques et discrètes :

270 - Quelles que soient les dépenses [zakât ou aumônes volontaires] que vous fassiez et les vœux que vous formule, Dieu le sait. Les injustes [ceux qui ne se montrent pas charitables et ne purifient pas leurs biens au moyen de la zakât] n'ont personne pour les secourir [contre le châtiment de la Fournaise.]

·                                 Dieu connaît les dépenses que vous faites sous formes d'aumônes et les vœux que vous émettez chaque fois que vous accomplissez de bonnes œuvres. Il connaît aussi les dépenses que vous faites par ostentation, poussés par les susurrements du Démon.

271 - Si vous manifeste ouvertement vos aumônes [volontaires], [votre acte relève certainement] d'une bonne action. Mais si vous les remette [aux pauvres] discrètement, [votre acte est encore] meilleur [que celui qui consiste à les remettre au vu et au su de tout le monde] . Dieu effacera une partie de vos méfaits [en raison de votre générosité désintéressée]. Dieu connaît parfaitement ce que vous faites [c'est-à-dire ce que vous donnez ouvertement ou discrètement et avec quelle intention.].

8 - L'aumône ne peut pas être l'objet de pressions sur les consciences

272 - Ce n'est pas à toi [ô Muhammad !] de guider [les associants] , mais c'est Dieu qui guide qui Il veut [Quant à toi, ta tâche se limite à la communication du Message]. Tout ce que vous dépense de vos biens sera à votre avantage [puisque la récompense équivalente vous revient], et vous ne dépenser que par désir de la Face de Dieu [et pour aucune autre raison ayant des objectifs terrestres]. Tout ce que vous dépense de vos biens dans les bonnes œuvres sera récompensé pleinement. Vous ne sera pas lésés [à savoir que vous aurez la récompense qui vous revient sans aucune amputation.].

·                                 H. Boubekeur donne cette explication au sujet de ce verset : "Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - , ayant recommandé de réserver les aumônes aux musulmans, de ne pas se montrer charitable envers les Chrétiens, les Juifs et les païens que s'ils embrassaient l'Islam, Dieu le rappelle à l'ordre par ce verset. On doit pratiquer la charité sans tenir compte de la race ni de la religion de ceux au profit desquels elle est faite. La charité sans désintéressement n'a aucune valeur. Elle ne peut être mise au service d'une cause même intrinsèquement bonne, tel que le prosélytisme. Pratiquer la charité pour attirer les gens vers une religion constitue une ruse honteuse, une inadmissible pression sur les consciences que l'Islam condamne sévèrement : Pas de contraire en matière de foi.".

Ashâbu as-Suffâ

273 - [Les aumônes que vous donnez] aux pauvres, [uhsirû : engagés pleinement et entièrement] dans le chemin de Dieu, et ne pouvant pas parcourir la terre [se déplacer pour s'adonner au commerce parce que, en hommes très pieux, ils sont complètement occupés par l'apprentissage du Coran et le jihâd], et que l'ignorant [en observant les apparences] les croit riches [parce que, en réalité, ils ont honte de mendier]. Tu les reconnaîtras à leurs traits caractéristiques [où s'inscrivent l'humilité et les traces du jihâd] -. Ils ne demandent pas aux gens avec insistance [ce dont ils ont besoin en nourriture mais ils le font avec douceur et humilité]. [C'est pourquoi], tout ce que vous dépense de vos biens [en leur faveur], Dieu le sait parfaitement [et vous récompensera en conséquence.].

·                                 Uhsirû signifie dans ce contexte que ces gens étaient retenus en ce lieu parce que les circonstances qui les ont amenés à servir la Cause de Dieu les empêchaient de se procurer leurs moyens de subsistance.
La portée universelle de ce verset est le suivant : Tout soutien matériel se destine à ceux qui sont vraiment dans le dénuement ou que la Cause honorable qu'ils défendent mérite de la part des croyants des sacrifices matériels. Il en est ainsi par exemple :
* de ceux dont la volonté de s'instruire est handicapée par des insuffisances financières,
* ceux qui vivent en exil parce qu'ils sont persécutés en rai-son de leur foi,
* les célibataires qui, en dépit de leur désir de fonder un foyer, sont démunis d'argent et de logement.

Finalité des aumônes

274 - Ceux qui, de nuit et de jour, en secret et ouvertement, dépensent de leurs biens, ont leur salaire auprès de leur Seigneur. Ils n'ont rien à craindre et ils ne seront pas affligés.

 

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